La brume commençait à se dissiper sur les rives de la Leyre laissant apparaître des pâturages vierges de toute occupation animale.
Un désert de verdure, féerique, protégé par une enceinte de pins délimitant ainsi le secteur de mes recherches, s’offrait à moi.
Ce paysage était magnifique. Ce frimas dès potron-minet et ce lever de soleil écrivaient à l’unisson douce poésie, rendant ainsi mes pas légers…Je flottais le vague à l’âme.
Je m’étais lever très tôt afin d’éviter le flot envahissant des vacanciers en canoë kayak qui chaque matin embarquaient dans un vacarme assassin des berges de ce fleuve des Landes de Gascogne.
Le calme était au rendez vous. Seul, au milieu de ce paradis naturel, mon détecteur à la main, je pouvais commencer mon errance pastorale.
Les Dieux étaient avec moi.
Cela faisait 5 minutes que j’avais mis en fonction mon appareil et déjà, il me rendait toute mon affection en émettant son doux chant électronique qui m’indiquait donc la présence d’un bel artefact.
C’était un grelot en bronze, tout ouvragé. Des feuilles de vignes et des grappes de raisin étaient sculptés autour des ouies de cette belle sonnaille, qui avait du honorer une bête à corne à l’époque.
La journée débutait bien et j’avoue qu’elle eu une constance à faire rêver tous les prospecteurs.
Quatre monnaies Louis XVI, vinrent par la suite égayer mon détecteur, mais le plus beau, ce fût cette bague en argent, ornée d’une salamandre couronnée, l’emblème de François Ier, Prince de la renaissance, maître des arts et Roi de France de 1515 à 1547.
Une salamandre tant décriée mais qui a bien souvent était le symbole des plus grands.
Est-ce dû au fait que la légende raconte que ce mini dragon amphibien renaîtrait de ses cendres, lui qui ne craint pas les flammes, lui qui se nourrit du bon feu et éteint le mauvais ; Nutrisco et extinguo.
La mythologie explique même que si l’on parvient à tuer un de ces êtres qui renaît, on échappe alors, pendant quelques jours, aux affres cruelles du Purgatoire.
Bref, une bien jolie bague, vous en conviendrez, qui m’a amené à faire des recherches sur ce bijou en général, car il n’est pas rare de trouver cet objet lors de nos ballades « détectoriciennes ».
La civilisation sumérienne du 3éme millénaire avant JC utilisait déjà cet ornement, c’est dire son ancienneté.
On en retrouve aussi l’évocation dans le Livre des Livres, la Sainte Bible, où l’on peut y lire que la bague avait un rôle de transmission de pouvoir et aussi de reconnaissance pour nommer son digne héritier.
Pharaon fit de Joseph, le roi d’Egypte en lui mettant sa bague au doigt.
Pour nos cousins, les romains, plus une personne possédait d’anneaux, plus elle était socialement reconnue.
Il n’était pas rare de voir des gens alourdis de plusieurs joncs sur un même doigt.
A cette époque, elle était portée surtout pour des raisons pratiques, car beaucoup de gens étaient analphabètes et il était donc plus facile de reconnaître une image plutôt que des écrits.
Aussi la bague cachet fit son apparition.
Elle était commune à toutes les classes sociales de cette grande civilisation mais avec la particularité qu’à ses débuts, la bague était en fer pour l’anneau.
Rome se faisant de plus en plus riche, l’or détrôna ce pauvre métal qui resta l’apanage des pauvres.
Les romains qui excellaient dans les luttes guerrières se voyaient offrir par la république, de belles bagues en noble métal jauni surmonté d’une belle monnaie d’or.
Les bagues cachets servaient donc tout autant aux commerçants qu’aux politiciens, et le chaton reflétait alors, par son intaille, les goûts du propriétaire qui, par cette image, ce logo personnalisé, se faisait reconnaître de tous.
Outre les fonctions de pouvoir, les femmes aussi s’ornaient de ce faste, mais là c’était surtout pour que leur beauté soit rehaussée.
Au IIe siècle l’église fût choquée de voir tant de représentation artistique sur ce petit objet, évocateur de puissance sociale. Il faut dire qu’en ces temps, il y avait encore quelques

s païennes qui flottaient dans l’air, et il n’était pas rare de voir des bagues ciselées a l’effigie de quelques voluptueuses déesses, habillées de leur nudité la plus simple, ou encore d’un phallus qui, une fois porté au doigt permettait à son heureux possesseur de se protéger du mauvais œil ou de la plus vile stérilité (même pécuniaire).
Bref, le haut prélat légiféra et obtint par sa grande gentillesse pacificatrice que toutes les représentations fétichistes soient interdites et remplacées par des images politiquement correctes comme un poisson (l’esprit Saint), un pêcheur, une colombe…Enfin rien qui ne puisse choquer et tenter à l’adoration diabolique de ce que la Nature nous offre depuis des lustres.
Par la suite, on opta pour les monogrammes qui furent bien accueillis par nos ancêtres mérovingiens et francs. On en voit le plus souvent avec le Chrisme ou les lettres IHS.
La sobriété étant de rigueur, on continua avec ce principe très longtemps.
Une bague qu’il n’est pas rare de trouver est celle appelée « fede » pour les italiens ou bague de foi pour les français. C’est celle que l’on offre à sa future promise lors des « Sponsalia » ou autrement dit « les fiançailles ».
La déco est bien souvent argumentée par des fils tressés ou un nœud plat, mais la plus grande fréquence va pour celle représentant deux mains droites se tenant.
C’était la preuve d’un engagement solennel envers sa future moitié, symbole d’une pleine confiance réciproque, il en va de soit.
Ensuite, on passait à l’alliance, toujours utilisée aujourd’hui, et on la mettait au doigt de celui ou de celle avec qui l’Amour serait consommé pour l’éternité.
La coutume veut que l’annulaire ait le grand privilège de supporter à jamais la promesse des couples heureux et ce, depuis l’antiquité, alors on y enfile l’alliance.
En fait, ce doigt fut choisit car il semblerait qu’une veine parte de son extrémité pour rejoindre le cœur…
Nos cousins de la Rome antique étaient aussi très romantiques, non ?!!!
L’Eglise exerça longtemps son pouvoir despotique sur la mode vestimentaire et aussi sur les bijoux et entre le XIVe et le XVIe siècle, beaucoup de bagues avaient caractère votif, avec, pour fonction principale de rappeler à la prière salvatrice, car il ne fallait surtout pas que ces petits joyaux puissent déshonorer la Foi, mais surtout, ils devaient rester la preuve du pouvoir du « temple ».
A cette époque, on vit apparaitre les bagues héraldiques, qui supplantèrent un peu les bagues cachets, concurrencées par les seaux faits directement dans des métaux nobles, or et argent ; leur fabrication était de surcroit moins onéreuse.
La bague médiévale a vu, dans son ensemble, une créativité extraordinaire, et les orfèvres qui œuvraient à leur élaboration étaient de véritables artistes à l’esprit divinement fécond.
Ils créaient, inventaient, mais reproduisaient beaucoup; aussi, il est assez difficile de dater une bague égarée comme celles que l’on trouve le plus souvent dans le sol de nos campagnes isolées.
Le contexte dans lequel elle aura été exhumée pourra donner quelques indications, mais ceci n’est pas une certitude et sa datation restera plus ou moins approximative.
Pour en revenir à ma trouvaille, cette bague à la salamandre et aux lys, pourrait par son symbole, remonter au temps de François 1er, mais elle pourrait dater aussi du début XXe car beaucoup d’oeuvres à cette époque étaient inspirées des créations d’antan.
Une chose est certaine, c’est qu’un beau matin je suis parti détecter, le vague à l’âme et que je suis rentré chez moi avec une jolie bague dans l’âme.
Peut importe son âge, son histoire est ma récompense.
Serge beninati .